J'ai croisé l'homme qui écrit les livres. Il a emprunté le même métro que moi l'autre jour. Je ne l'imaginais pas comme ça celui qui a aligné tous les mots de tous les livres. Il n'est ni jeune, ni vieux, ni beau, ni moche.
Je lui ai demandé : “Comment écrivez-vous les livres ?”
Il m'a répondu : “Assis dans le métro, je ferme les yeux, je laisse les mots arriver, j'ouvre les yeux, je prends mon crayon HB, puis je dessine les mots.”
Alors je l'ai regardé écrire La Peste de Camus pendant 3 stations, je lui ai dit “Merci”.
Il m'a dit : “Ça me fait plaisir, mais ne dites pas que c'est moi, laissez les gens croire que nous sommes nombreux à écrire les livres, je veux rester anonyme”.
… Je ne peux pas m'empêcher de vous le dire quand même !
J'espère que tu n'as pas froid.
J'espère que la solitude n'est pas trop lourde.
J'espère qu'il ne fait pas trop nuit.
J'espère que tout est plus léger.
Ici il fait chaud des souvenirs.
Ici le monde tourne encore et fait du bruit.
Ici le soleil brillera dès demain matin.
Ici c'est quand même un peu plus vide.
Je suis hypnotisée par votre silhouette gracile, vos gestes aériens et déliés.
Vous sublimez cette poussière, la faites vôtre, la manipulez, vous en couvrez.
Vous savez la maîtriser pour qu'elle vous rende hommage
Vous faites d’elle ce que vous voulez afin qu'elle vous souligne avec magie, que mêlée à la lumière, elle donne toute la place à votre délicatesse et que votre magnificence éclate aux yeux de tous.
J'ai croisé l'homme qui écrit les livres. Il a emprunté le même métro que moi l'autre jour. Je ne l'imaginais pas comme ça celui qui a aligné tous les mots de tous les livres. Il n'est ni jeune, ni vieux, ni beau, ni moche.
Je lui ai demandé : “Comment écrivez-vous les livres ?”
Il m'a répondu : “Assis dans le métro, je ferme les yeux, je laisse les mots arriver, j'ouvre les yeux, je prends mon crayon HB, puis je dessine les mots.”
Alors je l'ai regardé écrire La Peste de Camus pendant 3 stations, je lui ai dit “Merci”.
Il m'a dit : “Ça me fait plaisir, mais ne dites pas que c'est moi, laissez les gens croire que nous sommes nombreux à écrire les livres, je veux rester anonyme”.
… Je ne peux pas m'empêcher de vous le dire quand même !
Les voyages en train avec elle étaient mon moment favori des vacances. Et cela n'avait rien de romantique ou de poétique comme ces enfants qu'on observe, le nez collé à la vitre, compter les vaches dispersées çà et là le long des voies de chemin de fer ou comme ces amoureux enlacés, les yeux pleins de promesses sur le chemin des vacances ou de souvenirs sur celui du retour.
Non. Ce qui me plaisait, c'était sa façon incroyable de tirer le portrait de nos compagnons de voyage. Au creux de mon oreille, car bien entendu, ses croquis verbaux n'auraient pas franchement plu à leurs sujets respectifs tant ils étaient mordants et gratuits.
Je me souviens de ce retour d'un séjour à Saint-Jean-De-Luz. Il faisait chaud et je n'arrivais pas à dormir. En gare de Bordeaux, une femme est montée et s'est installée face à nous. J'ai compris qu'elle serait la prochaine victime… Et j'ai attendu le récit au vitriol, un sourire impatient aux lèvres.
Elle a approché sa bouche de mon oreille après avoir vérifié, d'un coup d'œil complice, que nous parlions bien de la même cible.
“Il faut que je te parle d'elle ! Évoquons tout d'abord son allure, parce que, les "On n'attaque pas le physique”, crois-moi, c'est de la foutaise. Bien sûr qu'on en parle.
Son pantalon en lin gris trop large à la taille et trop court en bas, mal assorti à son chemisier crème me font dire qu'elle n'a non seulement aucun goût, mais qu'en plus, elle veut qu'on croie qu'elle en a. Tu vois, c'est typiquement nous prendre pour des cons !“
Je commence à pouffer.
"Si cette femme est capable de porter des escarpins pointus en faux cuir, explique-moi comment on peut encore accorder la moindre crédibilité à cette marque de luxe, mille fois copiée, dont les initiales viennent brutalement tacheter le sac énorme qu'elle a posé bien en évidence devant elle ?
C'est un peu comme bouffer de la pâtée pour chien dans une assiette Guy Degrenne, tu vois le truc ?”
J'étouffais un rire en contemplant l'énorme sac Vuitton avachi sur la tablette du TGV, élimé aux coins et dont les sangles semblaient crier à l'aide.
“Passons à son visage. Très parlant. Cette femme est malhonnête, fourbe, sinon, pourquoi aurait-elle planqué ses yeux sous une couche si épaisse de fard ? Bleu canard qui plus est ! Elle a dû lire des "conseils beauté” dans un vieux magazine pour dadame qui traînait depuis Octobre 1984 dans la salle d'attente de son gynéco…
Mais le pire c'est sa bouche tu vois. Regarde, aussi fripée qu'un anus qui n'aurait vu ni une langue, ni le moindre petit doigt depuis des années. C'est tellement triste. Tu ne trouves pas ?“
Je cachais mal mon fou-rire.
… Je ne me souviens plus comment s'est terminé le portrait de cette pauvre voyageuse innocente.
Je sais juste que ses peintures acides de nos contemporains, inacceptables j'imagine pour qui que ce soit d'autre que nous deux, me manquent infiniment. Presque autant qu'elle.
Je dévale les boulevards, m'engouffre sous les porches.
Je fais voler les tissus, j'éparpille les papiers gras et les feuilles mortes.
J'arpente ta rue, bousculant les réverbères et les poubelles.
J'entre chez toi par les fissures, souffle la bougie posée sur le rebord de ta fenêtre. Je frôle la cîme de ton oreiller, caresse tout ce qui dépasse du drap.
Je souffle jusqu'à perdre haleine puis je m'apaise.
La seule preuve de mon passage est le voile de la fenêtre de ta chambre qui reprend doucement sa place au moment où tu ouvres les yeux.
Mon bel amour,
Nous m'avons déçu. Mon ventre brûle et ma tête bourdonne. Le malaise au bord des lèvres, j'écoute en boucle la déclaration bouleversante que vous connaissez, je m'enroule dans la mélodie, celle où le piano pleure l'amour à grosses larmes et où la voix vomit la douleur par giclées.
Qu'avons-nous fait de de nous ?
Hier encore vos seins délicats au creux de mes mains, vos hanches dessinées contre mon bassin, aujourd'hui le froid, la nuit, la neige.
Les flocons fragiles viennent fondre sur mon visage. J'ai chaud et froid en même temps, je brûle et je frissonne.
Je serre les poings dans mes poches pour arrêter de sentir les perles de sueur dans votre nuque et l'arrondi de vos fesses sous mes doigts. Je ferme les yeux pour oublier les vôtres, barrés de cette mèche rebelle que j'aimais tant remettre derrière votre oreille.
Depuis que je vous ai quittée, j'erre dans Paris. Je marche depuis 45mn, je ne sais plus où je suis, Paris si grand, Paris si petit. Je pense à vous, je pense à nous.
Je vous avais mise en garde, jolie sotte. Vous aviez accepté le contrat, magnifique idiote.
Mais il a fallu que vous prononciez la phrase, celle précisément que je ne veux plus jamais entendre. Vous n'avez pas su vous retenir, vous avez gerbé les sentiments interdits au creux de mon oreille…
Le temps de ces quelques mots, j'aurais voulu être sourd. Ou saoul. Ou les deux. Vous garder encore inaccessible et fuyante. Ne pas savoir.
Posséder encore votre corps, viser votre âme sans aucune certitude de l'atteindre. J'aurais voulu ne jamais vous répondre que moi aussi je suis fou de vous, fou de nous. Je nous demande pardon. Nous ne sommes pas êtres à porter des chaines. Je ne voulais pas de votre abandon. J'aurais voulu ne jamais être vôtre. Mais vous ne m'avez pas laissé le choix. Vous savez que c'est par amour qu'aujourd'hui je nous ai rendu la liberté. Ne m'en voulez pas.
J'ai mis autant d'ardeur à vous ôter la vie que j'en mettais à vous faire jouir. J'ai redonné à votre corps son rôle originel : être un instrument de plaisir, dénué d'obligations ou de sentiments. Je n'ai pas su déchiffrer le message de vos grands yeux verts au moment où vous avez enfin succombé. J'espère vous avoir donné autant de plaisir que j'en ai pris. Vous étiez si belle, mon amour. J'ai regardé le filet de sang sinuer d'entre vos lèvres jusqu'à la naissance de votre poitrine, comme une dernière déclaration muette, puisque nous n'avons plus rien à nous dire.
Je me suis bien occupé de vous, ne vous inquiétez pas. J'ai délicatement découpé vos membres graciles, défait lentement les jointures de vos coudes et de vos genoux pour ne pas les abimer avant de les faire entrer dans les sacs.
J'aurais voulu garder une mèche de vos cheveux si doux, comme on laisse une photographie de son enfant au fond de son porte-feuille, mais vous comprenez que notre secret s'en serait trouvé en danger…
J'ai peint vos lèvres pâles avec le rouge que vous aviez acheté pour me plaire (celui qui vous faisait ce sourire provocateur et mettait en valeur la nacre de vos dents comme autant de petits coquillages) avant de fermer vos paupières du bout de l'index.
Vous voguez maintenant, goutte parmi les gouttes qui forment la Seine.
Je vous regarderai secrètement tous les jours, mon Amour, en repensant péniblement à ces quelques mots comme des coups de fusil : “Je vous aime”.
Mes tout petits, mes envahissants.
Mon tout, mon ventre, mon indicible, mon indivisible deux.
L'un après l'autre et si différents, vous ne formez qu'un.
Un irremplaçable rocher auquel je m'agrippe au milieu de la tempête, contre lequel je me repose et profite du soleil quand tout est calme.
Un gros caillou posé là, sur ma plage, inébranlable. Quand je partirai, il sera toujours là.
Mon entier, pour vous j'aurais voulu être de ceux qui construisent l'orthographe, j'aurais défendu la cause des simples consonnes, jamais de doubles, pour que ce soit plus facile à apprendre.
Si j'avais pu, je vous aurais fabriqué des genoux en Tefal, qui résistent aux chutes de vélo, au bitume qui écorche.
Si je pouvais, je grelotterais à votre place, je brulerais de fièvre en fidèle doublure.
Je brosse vos ailes, affûte vos regards, pour que vous voliez haut et loin, là où vous voulez. Pas trop loin de moi j'espère.
J'ai parfois envie de me défaire de vous, pour vivre paisiblement, sans m'inquiéter, sans me torturer à peser chaque mot, chaque geste, chaque acte pour qu'ils ne vous blessent pas. Mais pas plus de quelques fractions de seconde. Une vie sans vous n'aurait pas nourri ma soif d'amour.
Je passerai d'autres nuits à ne pas dormir pour vous, à monter en silence dans vos chambres passer ma joue devant vos bouches pour sentir votre petit souffle apaisé et plein de sommeil et me dire “tout va bien, tout va bien”.
Ce que je veux vous dire tout bas, c'est que même le jour où il s'arrêtera, mon cœur continuera de se gonfler de vous, mes amours, mes brûlures.