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Les ombres claires

Publié la première fois sur Voldemag le 31 mars 2011
J’ai envie de vélo dans l’allée, les couettes au vent.
J’ai envie de parcourir le couloir en ne posant mes pieds nus que sur les carreaux noirs du damier du carrelage, sans toucher les lignes de joints.
J’ai envie des mains de papa dans mon dos qui me poussent pour m’aider à m’envoler à bord de mon vaisseaux imaginaire, bien calée dans le siège de la balançoire.
J’ai envie d’entendre la voix de Fabrice demandant le montant de la valise RTL en aidant maman à couper les tomates pour la salade de midi. D’attendre avec angoisse, accoudée à la table de Formica, de savoir si la personne dont le numéro a été tiré au hasard dans l’annuaire des P.T.T. va être chez elle et décrocher son téléphone.
J’ai envie de sieste dans le lit qui grince de la chambre “des enfants”, de me laisser envahir doucement par le sommeil en inventant des histoires mettant en scène les personnages monochromes de la toile de Jouy qui couvre les murs.
J’ai envie encore d’être éblouie par les rayons du soleil quand maman ouvre les volets, sonnant ainsi la fin de la sieste, le début de nouvelles aventures.
J’ai envie d’être à genoux sur la chaise en bois bleue, un peu branlante, juste derrière maman qui fredonne en faisant des mots croisés pendant que je passe la brosse dans ses longs cheveux dorés.
J’ai envie de fouler encore le mélange de cailloux et de sable qui forme le petit chemin entre la maison et la plage.
J’ai envie de sentir mon seau et mon râteau me griffer la jambe quand je cours vers l’étendue bleue et brillante de l’océan.
J’ai envie de ma place à côté du rocher (celui avec une cachette secrète où je range mes coquillages) dans la petite crique en bas du chemin.
J’ai envie d’avancer dans l’eau en levant les genoux bien haut et de soudainement me retourner en criant pour fuir les (tout petits) rouleaux blancs d’écume, m’imaginant en danger.
J’ai envie de l’odeur de lessive de la serviette de plage, mariée à celle de la crème solaire, du sable et des embruns.
J’ai envie de me faire un gommage des mollets en faisant rouler doucement les grains de sable encore collés à la peau brunie de mes jambes.
J’ai envie de regarder l’eau s’éloigner, me laissant enfin tout le loisir de farfouiller dans la vase à la recherche de petits trésors nacrés. Je me fais mon safari océanique, scrutant la surface de sable détrempé pour repérer les petits trous laissés par les crustacés qui se cachent en attendant le retour de la marée haute.
J’ai envie de concocter pour papa et maman une délicieuse bouillie de terre, de sable et d’eau avec mon frère. Avec les mains parce que c’est meilleur. De la servir dans les feuilles brillantes du laurier fleur que mamie avait planté à l’entrée de la maison et d’aller cueillir les haricots du catalpa pour en faire des couverts.
J’ai envie de m’allonger sur le dos en étalant mes cheveux au dessus de ma tête, de fermer les yeux et de voir encore la lumière du soleil à travers mes paupières.
J’ai envie de sentir le soleil devenir moins vif, de pouvoir ouvrir les yeux sans être éblouie et regarder les nuages courir vers je ne sais où.
J’ai envie de m’enrouler dans la serviette pour remonter à la maison, d’être fatiguée d’avoir trop joué.
J’ai envie de sentir bon l’eau de Cologne Mont Saint Michel après la douche.
J’ai envie d’enfiler ma robe en liberty rose, celle qui tourne, et de laisser maman glisser une barrette assortie dans mes cheveux encore humides. De passer mes sandales blanches.
J’ai envie d’aller avec papa jusqu’à la boite aux lettres poster les cartes postales pour les voisins. De glisser dans cette grosse bouche jaune les rectangles de cartons sur lesquels je me suis appliquée à dessiner mes journées de vacances.
J’ai envie d’entendre la sonnerie qui annonce le passage du train de marchandises en haut de la rue, de regarder la femme du garde-barrière tourner la manivelle faisant descendre les franges rouge et blanches de la barrière. (C’est le travail de son mari mais il est tellement saoul que même le clac clac assourdissant de la crémaillère ne le réveille pas de sa sieste éthylique sur sa chaise de camping défraîchie).
J’ai envie de vélo dans l’allée, les couettes au vent, quand papa, tonton et papi étaient encore là à disserter devant le barbecue ou à rire en jouant aux boules.

Publié la première fois sur Voldemag le 31 mars 2011

J’ai envie de vélo dans l’allée, les couettes au vent.

J’ai envie de parcourir le couloir en ne posant mes pieds nus que sur les carreaux noirs du damier du carrelage, sans toucher les lignes de joints.

J’ai envie des mains de papa dans mon dos qui me poussent pour m’aider à m’envoler à bord de mon vaisseaux imaginaire, bien calée dans le siège de la balançoire.

J’ai envie d’entendre la voix de Fabrice demandant le montant de la valise RTL en aidant maman à couper les tomates pour la salade de midi. D’attendre avec angoisse, accoudée à la table de Formica, de savoir si la personne dont le numéro a été tiré au hasard dans l’annuaire des P.T.T. va être chez elle et décrocher son téléphone.

J’ai envie de sieste dans le lit qui grince de la chambre “des enfants”, de me laisser envahir doucement par le sommeil en inventant des histoires mettant en scène les personnages monochromes de la toile de Jouy qui couvre les murs.

J’ai envie encore d’être éblouie par les rayons du soleil quand maman ouvre les volets, sonnant ainsi la fin de la sieste, le début de nouvelles aventures.

J’ai envie d’être à genoux sur la chaise en bois bleue, un peu branlante, juste derrière maman qui fredonne en faisant des mots croisés pendant que je passe la brosse dans ses longs cheveux dorés.

J’ai envie de fouler encore le mélange de cailloux et de sable qui forme le petit chemin entre la maison et la plage.

J’ai envie de sentir mon seau et mon râteau me griffer la jambe quand je cours vers l’étendue bleue et brillante de l’océan.

J’ai envie de ma place à côté du rocher (celui avec une cachette secrète où je range mes coquillages) dans la petite crique en bas du chemin.

J’ai envie d’avancer dans l’eau en levant les genoux bien haut et de soudainement me retourner en criant pour fuir les (tout petits) rouleaux blancs d’écume, m’imaginant en danger.

J’ai envie de l’odeur de lessive de la serviette de plage, mariée à celle de la crème solaire, du sable et des embruns.

J’ai envie de me faire un gommage des mollets en faisant rouler doucement les grains de sable encore collés à la peau brunie de mes jambes.

J’ai envie de regarder l’eau s’éloigner, me laissant enfin tout le loisir de farfouiller dans la vase à la recherche de petits trésors nacrés. Je me fais mon safari océanique, scrutant la surface de sable détrempé pour repérer les petits trous laissés par les crustacés qui se cachent en attendant le retour de la marée haute.

J’ai envie de concocter pour papa et maman une délicieuse bouillie de terre, de sable et d’eau avec mon frère. Avec les mains parce que c’est meilleur. De la servir dans les feuilles brillantes du laurier fleur que mamie avait planté à l’entrée de la maison et d’aller cueillir les haricots du catalpa pour en faire des couverts.

J’ai envie de m’allonger sur le dos en étalant mes cheveux au dessus de ma tête, de fermer les yeux et de voir encore la lumière du soleil à travers mes paupières.

J’ai envie de sentir le soleil devenir moins vif, de pouvoir ouvrir les yeux sans être éblouie et regarder les nuages courir vers je ne sais où.

J’ai envie de m’enrouler dans la serviette pour remonter à la maison, d’être fatiguée d’avoir trop joué.

J’ai envie de sentir bon l’eau de Cologne Mont Saint Michel après la douche.

J’ai envie d’enfiler ma robe en liberty rose, celle qui tourne, et de laisser maman glisser une barrette assortie dans mes cheveux encore humides. De passer mes sandales blanches.

J’ai envie d’aller avec papa jusqu’à la boite aux lettres poster les cartes postales pour les voisins. De glisser dans cette grosse bouche jaune les rectangles de cartons sur lesquels je me suis appliquée à dessiner mes journées de vacances.

J’ai envie d’entendre la sonnerie qui annonce le passage du train de marchandises en haut de la rue, de regarder la femme du garde-barrière tourner la manivelle faisant descendre les franges rouge et blanches de la barrière. (C’est le travail de son mari mais il est tellement saoul que même le clac clac assourdissant de la crémaillère ne le réveille pas de sa sieste éthylique sur sa chaise de camping défraîchie).

J’ai envie de vélo dans l’allée, les couettes au vent, quand papa, tonton et papi étaient encore là à disserter devant le barbecue ou à rire en jouant aux boules.

  1. cecinestpasletumblrdelisep a reblogué ce billet depuis ombresclaires
  2. anliattur a reblogué ce billet depuis ombresclaires et a ajouté :
    C’est simple, c’est beau.
  3. ombresclaires a publié ce billet