Mon bel amour,
Nous m’avons déçu. Mon ventre brûle et ma tête bourdonne. Le malaise au bord des lèvres, j’écoute en boucle la déclaration bouleversante que vous connaissez, je m’enroule dans la mélodie, celle où le piano pleure l’amour à grosses larmes et où la voix vomit la douleur par giclées. Qu’avons-nous fait de de nous ?
Hier encore vos seins délicats au creux de mes mains, vos hanches dessinées contre mon bassin, aujourd’hui le froid, la nuit, la neige.
Les flocons fragiles viennent fondre sur mon visage. J’ai chaud et froid en même temps, je brûle et je frissonne.
Je serre les poings dans mes poches pour arrêter de sentir les perles de sueur dans votre nuque et l’arrondi de vos fesses sous mes doigts.
Je ferme les yeux pour oublier les vôtres, barrés de cette mèche rebelle que j’aimais tant remettre derrière votre oreille.
Après vous avoir quittée, j’ai rejoins Paris et je marche depuis 45mn, je ne sais plus où je suis, Paris si grand, Paris si petit. Je pense à vous, je pense à nous.
Je vous avais mise en garde, jolie sotte. Vous aviez accepté le contrat, magnifique idiote. Mais il a fallu que vous prononciez la phrase, celle précisément que je ne veux plus jamais entendre. Vous n’avez pas su vous retenir, vous avez gerbé les sentiments interdits au creux de mon oreille. Le temps de ces quelques mots, j’aurais voulu être sourd. Ou saoul. Ou les deux. Vous garder encore inaccessible et fuyante. Ne pas savoir.
Posséder encore votre corps, viser votre âme sans aucune certitude de l’atteindre. J’aurais voulu ne jamais vous répondre que moi aussi je suis fou de vous, fou de nous. Je nous demande pardon.
Nous ne sommes pas êtres à porter des chaines. Je ne voulais pas de votre abandon. J’aurais voulu ne jamais être vôtre. Mais vous ne m’avez pas laissé le choix. Vous savez que c’est par amour qu’aujourd’hui je nous ai rendu la liberté. Ne m’en voulez pas.
J’ai mis autant d’ardeur à vous ôter la vie que j’en mettais à vous faire jouir. J’ai redonné à votre corps son rôle originel : être un instrument de plaisir, dénué d’obligations ou de sentiments.
Je n’ai pas su déchiffrer le message de vos grands yeux verts au moment où vous avez enfin succombé. J’espère vous avoir donné autant de plaisir que j’en ai pris.
Vous étiez si belle, mon amour. J’ai regardé le filet de sang sinuer d’entre vos lèvres jusqu’à la naissance de votre poitrine, comme une dernière déclaration muette, puisque nous n’avons plus rien à nous dire.
Je me suis bien occupé de vous, ne vous inquiétez pas. J’ai délicatement découpé vos membres graciles, défait lentement les jointures de vos coudes et de vos genoux pour ne pas les abimer avant de les faire entrer dans les sacs. J’aurais voulu garder une mèche de vos cheveux si doux, comme on laisse une photographie de son enfant au fond de son porte-feuilles, mais vous comprenez que notre secret s’en serait trouvé en danger… J’ai peint vos lèvres pâles avec le rouge que vous aviez acheté pour moi (celui qui vous faisait ce sourire provocateur et mettait en valeur la nacre de vos dents comme autant de petits coquillages) avant de fermer vos paupières du bout de l’index. Vous voguez maintenant, goutte parmi les gouttes qui forment la Seine. Je vous regarderai secrètement tous les jours, mon Amour, en repensant péniblement à ces quelques mots comme des coups de fusil : “Je vous aime”.
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