· Les ombres claires | Figures imposées, et enchaînement parfaitement... href="http://ombresclaires.tumblr.com/rss" />

Les ombres claires

Figures imposées, et enchaînement parfaitement appris, pointe, arabesque, pointe, je danse tous les jours cette chorégraphie que je n’aime pas. 
Je contrains mon corps et mon esprit, bande mes muscles, bras tendus, petits pas, je ravale mon éclat de voix ou de rire, menton haut, arabesque.

Cou dégagé et épaules souples, je me redresse pour le public mais fais le dos rond dedans. Rond de jambe, battement contrôlé, une main sur la hanche, l’autre gracieusement cambrée au dessus de ma tête, je danse comme on attend que je danse. Je souris malgré la douleur, le ballet doit plaire. 

Je suis la seule à entendre les lattes du parquet de la salle de danse craquer sous mes pas pourtant légers, à sentir les crampes dans mes doigts qui enserrent la barre censée me soutenir. La pointe de mon chausson s’attaque aux chairs de mes orteils, le coton cardé, son complice, absorbe les gouttes de mon sang. Les épingles de mon chignon tirent chaque cheveux jusqu’à m’en donner la migraine. Le miroir omniprésent me reproche ce plié trop mou, ce dégagement de jambe pas assez haut. Mes muscles hurlent dans mon tutu, le cygne va mourir. 

C’est le moment du porté celui que je préfère. Les 7 secondes où je m’abandonne à un autre : petits pas, regarder vers le haut, bras tendus, je fléchis légèrement le genou, impulsion et je m’envole. Mon partenaire s’imagine-t-il que, ses mains sur mes hanches comme seul lien avec la vie, je lui crie intérieurement “Pousse ! Fort ! Envoie-moi loin !” ?
Applaudissez la révérence, louez la grâce et la souplesse, moi je ne rêve que de lâcher la barre.

Figures imposées, et enchaînement parfaitement appris, pointe, arabesque, pointe, je danse tous les jours cette chorégraphie que je n’aime pas.
Je contrains mon corps et mon esprit, bande mes muscles, bras tendus, petits pas, je ravale mon éclat de voix ou de rire, menton haut, arabesque.

Cou dégagé et épaules souples, je me redresse pour le public mais fais le dos rond dedans. Rond de jambe, battement contrôlé, une main sur la hanche, l’autre gracieusement cambrée au dessus de ma tête, je danse comme on attend que je danse. Je souris malgré la douleur, le ballet doit plaire.

Je suis la seule à entendre les lattes du parquet de la salle de danse craquer sous mes pas pourtant légers, à sentir les crampes dans mes doigts qui enserrent la barre censée me soutenir. La pointe de mon chausson s’attaque aux chairs de mes orteils, le coton cardé, son complice, absorbe les gouttes de mon sang. Les épingles de mon chignon tirent chaque cheveux jusqu’à m’en donner la migraine. Le miroir omniprésent me reproche ce plié trop mou, ce dégagement de jambe pas assez haut. Mes muscles hurlent dans mon tutu, le cygne va mourir.

C’est le moment du porté celui que je préfère. Les 7 secondes où je m’abandonne à un autre : petits pas, regarder vers le haut, bras tendus, je fléchis légèrement le genou, impulsion et je m’envole. Mon partenaire s’imagine-t-il que, ses mains sur mes hanches comme seul lien avec la vie, je lui crie intérieurement “Pousse ! Fort ! Envoie-moi loin !” ?

Applaudissez la révérence, louez la grâce et la souplesse, moi je ne rêve que de lâcher la barre.

  1. fictions-frictions a dit : Joli, joli texte. Le parquet qui craque …
  2. ouimaispastrop a dit : Ne me laissez pas mourir sur scène.
  3. ombresclaires a publié ce billet