
Je ne dors plus. Je ne sais pas si c’est à cause du bruit des gouttes sur le carreau, des évènements récents qui m’ont bousculée, ni même si le sommeil qui vient de s’éteindre a une cause. Je ne lui cherche pas d’excuse, j’aime cette insomnie, elle est une bonne occasion d’être tranquille, je n’ai rien de prévu dans mon agenda à 3h30 du matin et personne ne devrait me déranger.
J’allume une toute petite lumière pour effrayer l’obscurité, enfile un vieux sweat et une culotte pour braver la fraîcheur de la nuit et m’étire longuement pour dire bonjour à mon corps. Pendant que l’eau chauffe pour le thé, j’invite Gustav Mahler à partager ce moment avec moi. Je verse l’eau sur les feuilles de thé blanc et profite des quelques minutes nécessaires à l’infusion pour passer une oreille dans la chambre des enfants. J’écoute la symphonie de leurs respirations paisibles. Je referme la porte et me poste face à la fenêtre avec ma tasse brûlante. Le nez collé à la vitre, je regarde les traits d’eau gribouiller l’immeuble d’en face. Il y a une fenêtre éclairée derrière laquelle des ombres dansent et une autre où la télé crache des flashs verts et bleus, hypnotiques.
Les yeux fermés, je laisse l’odeur du thé m’envahir. J’ouvre la fenêtre, l’air frais me donne des frissons et me fait du bien. J’allume une cigarette et m’accoude au rebord, la tête dans les mains. Quelques gouttes de pluie bravent le muret et viennent caresser mes avant-bras et mon visage. Je tire une bouffée de poison bleuté, réconfortant et piquant puis laisse les volutes s’échapper lentement entre mes lèvres.
Et ton visage traverse mon horizon. Tu me manques. J’aime que tu me manques. Je peux penser à ta peau, ta bouche, ton odeur, tes mains, ta voix. Tu me manques beaucoup. Je vois tes lèvres, je les imagine sur mon corps, je les regarde articuler des phrases inaudibles et je leur invente des mots qui remplacent ceux qu’on ne se dit pas, je leur dessine un chemin sur ma peau.
J’ai froid. Je referme la fenêtre et regarde le reflet de mon visage sur la vitre. Je me trouve jolie, les cheveux ramassés rapidement en chignon dans la nuque et les yeux nus. Est-ce que tu me trouverais jolie si tu me surprenais là, au milieu de la nuit dans le salon, l’air gai en train d’écouter des symphonies tristes ? Est-ce que je te manque ?
Le thé a un peu refroidi. J’en avale une gorgée et m’assois sur le petit banc à côté de la bibliothèque. J’adore que tu me manques, ça donne à mes nuits blanches le goût des moments avec toi, rares et précieux.
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