La végétation et la rouille ont défiguré la petite grille blanche qu’on faisait pivoter sur ses gonds en rentrant de la plage. Les mauvaises herbes ont recouvert l’emplacement du portique où papa me poussait patiemment pendant des heures.
La maison se dresse maintenant pleine de fissures au milieu d’un champs de ronces et ça m’a fait mal. Le sanctuaire, la dernière maison de mes souvenirs de vous sent l’abandon et le renfermé, pue l’oubli et la moisissure.
Je suis en colère contre vous. Contre moi aussi. Comment ai-je pu croire que Rosa May (D’où vient-il ce nom ? Qui a appelé Notre maison ainsi ?) conserverait derrière ses vieux rideaux les sons de nos voix comme des photos jaunies dans un album ? Comment avez-vous pu laisser mourir nos étés, pousser les ronces là où nous avons construit nos cabanes en guenilles et morceaux de bois ?
Hier j’ai ramassé mes souvenirs morts sous des monceaux de poussière, poussé du pied les orties qui ont étouffé les images de nous. J’ai caressé le vieux lit en fer blanc où quatre générations ont dormi et que vous avez aujourd’hui remisé dans l’appentis derrière le puits avec les vieilles épuisettes aux filets déchirés.
Vous avez sali mes fondations. Ou peut-être m’avez-vous juste ouvert les yeux sur ce que je pensais être le dernier fil entre nous, le cordon ombilical de ce cercle pas si familial, en fait. Je ne sais pas si je dois dire merci.
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