· Les ombres claires href="http://ombresclaires.tumblr.com/rss" />

Les ombres claires

De je ne sais pas qui trouvée sur http://monksyndrome.tumblr.com/

(Photo de je-ne-sais-pas-qui trouvée sur le merveilleux http://monksyndrome.tumblr.com )

Je navigue à vue. C’est pas très confortable. J’avance vers un demain mais je ne sais pas s’il existe, et le cas échéant si je chemine dans la bonne direction. Et si le principal c’est « avancer maintenant et demain on verra », je me dis que même Christophe Colomb avait un astrolabe. Alors je ne m’en veux pas d’être perdue parce que moi je n’en possède pas (plus ?), et ne pas s’en vouloir c’est déjà ça.

J’ai perdu mon Nord. Mon grand, mon beau Nord. Je ne sais pas lire les cartes marines, j’ai peur de l’obscurité et de l’eau. Soyons lucides c’est pas gagné. Enfin, faites comme bon vous semble, mais moi je ne pars pas gagnante sur ce coup là.

Y a-t-il un guide de survie à l’usage des gens perdus ?

Ah je déteste cette phrase. Je ne suis pas une fille perdue. Non en fait je n’ai pas perdu mon Nord. Il est là mais c’est pas le mien, alors je dois m’en chercher un autre. Cette évidence m’a claqué au visage (et je suis polie…) : j’apprends le sentiment de dépossession. Je me sens comme Kirikou (le gus qui se balade tout nu) en vacances à Vatnajökull venant de prendre une bonne bourrasque à -86°c dans sa petite face de naïf positiviste indécrottable (sauf que je ne suis pas un enfant, je ne suis pas noire, et je n’ai pas de zizi non plus, mais je m’identifie à qui je veux après tout). Voilà je n’ai pas envie de rigoler en ce moment (t’aurais envie de te marrer à poil sur la banquise toi ?).

Bref, je ne sais plus trop où je voulais en venir. Tiens écoute ça en attendant que je remette un peu d’ordre dans le jeu de boules, moi ça me fait un bien fou…

Ah oui ! Voilà : Metacapuche c’est bien (oui je le répète, je ne m’appelle pas VRAIMENT Metacapuche, c’est un personnage), mais je dois faire le ménage. Je n’en ai pas pour très longtemps je pense. Et comme la poussière finit toujours par revenir, moi aussi je vais revenir (comme dans la pub Swiffer, t’sais?).

Je suis surement maladroite, mais la dernière fois que je ne me suis pas exprimée pendant 5 jours j’ai inquiété des gens et je n’aime pas ça (mais ça m’a surprise et touchée). Je ne savais pas trop comment faire pour le dire sans faire l’ATTASSION LA WHORE, j’espère que ça va comme ça. Allez hein, c’est pas la vraie vie, c’est l’internet mondial de l’au-delà ici.

A plus tard.

Oui, mais pas trop: Cher journal,

Magnifique chez ouimaispastrop:

Comme tu m’as manqué tout ce temps… Je m’en rends compte à présent. Tu n’es pas mon autre ; je suis le tien (ça va mal tu sais, quand on n’a plus envie de se raconter du tout. On va se coucher tôt le soir, on fait la sieste l’après-midi, et on s’ennuie le reste du temps. On n’a que la vie qu’on…

Damien Rice - O - Cold Water

Je regardais cette fille en rentrant chez moi. Enfin je regardais son reflet dans la vitre du métro.
Son visage me faisait penser à ces têtes en fibre de verre qu’on voit dans les vitrines des perruquiers. Il était à la fois doux et froid, impassible et pourtant emprunt d’un sentiment incroyablement profond, je pouvais le ressentir. Le double-vitrage qui superposait les graffitis sous-terrains à sa peau le rendait flou, le barrait de couleurs criardes et clignotantes.
J’ai essayé de capter son regard, en vain. À quoi, à qui pouvait-elle bien penser ? Elle était si près et si loin à la fois. J’ai vu une petite perle brillante se dessiner dans l’angle interne de son œil droit juste avant l’annonce de ma station. Je ne suis pas certaine qu’elle se soit rendu compte qu’elle pleurait parce que la larme a tracé un petit chemin jusqu’à sa joue. Elle ne bougeait pas. Elle continuait à fixer un point invisible derrière le verre épais.
“Ménilmontant…. Ménilmontant”. Ma station ! J’ai failli la rater.
Je me suis levée, j’ai tapoté du bout des doigts le haut de mes pommettes pour les sécher. Après avoir jeté un regard circulaire à la rame et m’être assurée que personne ne m’avait vue, je me suis postée devant les portes automatiques et j’ai attendu leur ouverture pour reprendre le fil de mon trajet.

Je regardais cette fille en rentrant chez moi. Enfin je regardais son reflet dans la vitre du métro.

Son visage me faisait penser à ces têtes en fibre de verre qu’on voit dans les vitrines des perruquiers. Il était à la fois doux et froid, impassible et pourtant emprunt d’un sentiment incroyablement profond, je pouvais le ressentir. Le double-vitrage qui superposait les graffitis sous-terrains à sa peau le rendait flou, le barrait de couleurs criardes et clignotantes.

J’ai essayé de capter son regard, en vain. À quoi, à qui pouvait-elle bien penser ? Elle était si près et si loin à la fois. J’ai vu une petite perle brillante se dessiner dans l’angle interne de son œil droit juste avant l’annonce de ma station. Je ne suis pas certaine qu’elle se soit rendu compte qu’elle pleurait parce que la larme a tracé un petit chemin jusqu’à sa joue. Elle ne bougeait pas. Elle continuait à fixer un point invisible derrière le verre épais.

“Ménilmontant…. Ménilmontant”. Ma station ! J’ai failli la rater.

Je me suis levée, j’ai tapoté du bout des doigts le haut de mes pommettes pour les sécher. Après avoir jeté un regard circulaire à la rame et m’être assurée que personne ne m’avait vue, je me suis postée devant les portes automatiques et j’ai attendu leur ouverture pour reprendre le fil de mon trajet.

“Pense à du bleu” 

C’est ce que je disais à ma fille quand toute petite elle n’arrivait pas à dormir à cause du “gros chien rouge sous son lit”. 

Et elle me répondait inlassablement “Ca marche pas maman, reste avec moi, reste avec moi, il est toujours là” avec son petit cheveu sur la langue.

Elle plantait désespérément ses grands yeux noisette bordés l’écume de ses larmes dans les miens. Je voyais cette vague de désespoir et de peur sourde prête à franchir la barrière de ses cils et mon coeur se retournait dans ma cage thoracique. Alors je me couchais là, sur le parquet, le long de son petit lit, je passais ma main à travers les barreaux et je caressais ses cheveux comme j’aurais ratissé le sable de sa plage. Mon bébé océan finissait par trouver la paix, et moi un lumbago. 

Je sais bien que ça ne marche pas de penser à du bleu. Je mentais. Mais je n’avais pas le courage de lui dire que les chiens rouges sous les lits, c’est rien à côté de ce qu’il l’attend dans la vie. D’ailleurs à moi-même je n’arrive pas à me le dire. Je l’écris, parce que j’y arrive mieux comme ça. Je noircis des kilomètres et des kilomètres de carnets de tous les formats, mon disque dur est plein de documents qui crient au chien rouge sous le lit. Certains sont des cabots dont j’arrive à rire, d’autres de gros molosses aux crocs pointus qui s’enfoncent dans les pieds de mon lit. 

Ecrire ne fait pas fuir les chiens, écrire n’efface pas les peurs. Écrire rend les peurs plus petites, leur redonne taille humaine. Mais ça ne fonctionne pas toujours. Et parfois ce sont même les mots qui deviennent le danger quand ils coulent tout seuls et qu’ils dessinent malgré moi, malgré mes doigts sur le clavier, des histoires abominables que je ne voulais pas regarder, dont je voulais ignorer l’existence. 

Ce sont les histoires qu’on écrit et dont on espère pouvoir un jour effacer la fin.

Il y a des hauts, des bas. “c’est la vie”. Le truc, c’est d’éviter les cyclones, ou alors il faut rester dans l’oeil. Etre à la vie comme à la cuisine ! Tout est question de méthode : Bien laver et mélanger les ingrédients : les bonheurs qui te mettent en orbite et la tristesse qui te bouffe les viscères. La vérité crue et les mensonges tout chauds. L’ennui mortel et le boulot qui te noie. Passer le tout au mixer de la vie, filtrer les sentiments, laisser reposer au frais quelques heures, dresser dans de jolies assiettes et déguster. Pour rester dans l’oeil, je fais aussi des liste de trucs. J’en ai plein mes carnets. Quand ça monte trop haut ou que ça descend trop bas, je les lis. Elles m’apaisent.

Il y a des hauts, des bas. “c’est la vie”. Le truc, c’est d’éviter les cyclones, ou alors il faut rester dans l’oeil. Etre à la vie comme à la cuisine ! Tout est question de méthode : Bien laver et mélanger les ingrédients : les bonheurs qui te mettent en orbite et la tristesse qui te bouffe les viscères. La vérité crue et les mensonges tout chauds. L’ennui mortel et le boulot qui te noie. Passer le tout au mixer de la vie, filtrer les sentiments, laisser reposer au frais quelques heures, dresser dans de jolies assiettes et déguster. Pour rester dans l’oeil, je fais aussi des liste de trucs. J’en ai plein mes carnets. Quand ça monte trop haut ou que ça descend trop bas, je les lis. Elles m’apaisent.

La végétation et la rouille ont défiguré la petite grille blanche qu’on faisait pivoter sur ses gonds en rentrant de la plage. Les mauvaises herbes ont recouvert l’emplacement du portique où papa me poussait patiemment pendant des heures.
La maison se dresse maintenant pleine de fissures au milieu d’un champs de ronces et ça m’a fait mal. Le sanctuaire, la dernière maison de mes souvenirs de vous sent l’abandon et le renfermé, pue l’oubli et la moisissure.
Je suis en colère contre vous. Contre moi aussi. Comment ai-je pu croire que Rosa May (D’où vient-il ce nom ? Qui a appelé Notre maison ainsi ?) conserverait derrière ses vieux rideaux les sons de nos voix comme des photos jaunies dans un album ? Comment avez-vous pu laisser mourir nos étés, pousser les ronces là où nous avons construit nos cabanes en guenilles et morceaux de bois ?
Hier j’ai ramassé mes souvenirs morts sous des monceaux de poussière, poussé du pied les orties qui ont étouffé les images de nous. J’ai caressé le vieux lit en fer blanc où quatre générations ont dormi et que vous avez aujourd’hui remisé dans l’appentis derrière le puits avec les vieilles épuisettes aux filets déchirés.
Vous avez sali mes fondations. Ou peut-être m’avez-vous juste ouvert les yeux sur ce que je pensais être le dernier fil entre nous, le cordon ombilical de ce cercle pas si familial, en fait. Je ne sais pas si je dois dire merci.

La végétation et la rouille ont défiguré la petite grille blanche qu’on faisait pivoter sur ses gonds en rentrant de la plage. Les mauvaises herbes ont recouvert l’emplacement du portique où papa me poussait patiemment pendant des heures.

La maison se dresse maintenant pleine de fissures au milieu d’un champs de ronces et ça m’a fait mal. Le sanctuaire, la dernière maison de mes souvenirs de vous sent l’abandon et le renfermé, pue l’oubli et la moisissure.

Je suis en colère contre vous. Contre moi aussi. Comment ai-je pu croire que Rosa May (D’où vient-il ce nom ? Qui a appelé Notre maison ainsi ?) conserverait derrière ses vieux rideaux les sons de nos voix comme des photos jaunies dans un album ? Comment avez-vous pu laisser mourir nos étés, pousser les ronces là où nous avons construit nos cabanes en guenilles et morceaux de bois ?

Hier j’ai ramassé mes souvenirs morts sous des monceaux de poussière, poussé du pied les orties qui ont étouffé les images de nous. J’ai caressé le vieux lit en fer blanc où quatre générations ont dormi et que vous avez aujourd’hui remisé dans l’appentis derrière le puits avec les vieilles épuisettes aux filets déchirés.

Vous avez sali mes fondations. Ou peut-être m’avez-vous juste ouvert les yeux sur ce que je pensais être le dernier fil entre nous, le cordon ombilical de ce cercle pas si familial, en fait. Je ne sais pas si je dois dire merci.

Je sais, je sais : c’est l’été et je devrais me réjouir, penser à toutes ces journées ensoleillées qui vont arriver, seulement voilà, tu ne seras pas là.
Tu ne seras pas là pour accompagner de ta main la petite brise sous ma robe légère à la terrasse d’une brasserie du 12eme ou pour t’étendre contre moi à l’ombre d’un arbre du parc des Buttes Chaumont, l’envie de faire l’amour rivée à nos peaux collées par la sueur.
Alors je pense à l’automne, à la rentrée, à ton retour. Les pulls en coton remplaceront les débardeurs, les journées seront plus courtes et la circulation aura repris dans Paris. On se retrouvera à la sortie du métro pour traverser le parc qui aura revêtu sa parure ocre et miel, main dans la main comme deux ados que nous ne sommes plus. J’ai décidé de te donner un baiser à chaque feuille qui tombera sur notre chemin. Je commencerai doucement, bénissant la première qui se tortillera sur sa tige avant d’entamer sa danse légère vers le sol encore chaud de l’été sans toi.
Puis l’automne avancera et le rythme s’accélèrera. Feuille après feuille nous perdrons le compte.
- Combien de feuilles ? Combien de baisers ?
- Je ne sais pas il y en a trop !
- Alors fais-moi l’amour.
Et puis finalement, tu ne reviendras pas.

Je sais, je sais : c’est l’été et je devrais me réjouir, penser à toutes ces journées ensoleillées qui vont arriver, seulement voilà, tu ne seras pas là.

Tu ne seras pas là pour accompagner de ta main la petite brise sous ma robe légère à la terrasse d’une brasserie du 12eme ou pour t’étendre contre moi à l’ombre d’un arbre du parc des Buttes Chaumont, l’envie de faire l’amour rivée à nos peaux collées par la sueur.

Alors je pense à l’automne, à la rentrée, à ton retour. Les pulls en coton remplaceront les débardeurs, les journées seront plus courtes et la circulation aura repris dans Paris. On se retrouvera à la sortie du métro pour traverser le parc qui aura revêtu sa parure ocre et miel, main dans la main comme deux ados que nous ne sommes plus. J’ai décidé de te donner un baiser à chaque feuille qui tombera sur notre chemin. Je commencerai doucement, bénissant la première qui se tortillera sur sa tige avant d’entamer sa danse légère vers le sol encore chaud de l’été sans toi.

Puis l’automne avancera et le rythme s’accélèrera. Feuille après feuille nous perdrons le compte.

- Combien de feuilles ? Combien de baisers ?

- Je ne sais pas il y en a trop !

- Alors fais-moi l’amour.

Et puis finalement, tu ne reviendras pas.

Qu’est-ce qu’il pouvait aimer ça. Il n’avait pas remarqué cet adorable tic lors de leur première rencontre. Son attention avait été happée par les mouvements de ses mains. Elle mimait tout ce qu’elle racontait. Pourtant elle n’avait absolument pas d’origines italiennes. Elle décrivait des volutes et des arcs de cercles avec ses poignets graciles, resserrait ses doigts pour dessiner de pentes plus ou moins arides, faisait danser ses mains au rythme de ses histoires, comme si sa petite voix fluette ne suffisait pas. Il avait même noté que souvent, elle soufflait doucement en visant sa frange, puis emprisonnait une mèche entre son index et son majeur pour la repousser le long de son front et la bloquer derrière son oreille. Trop courte, la petite mèche revenait à sa place initiale, il s’occupait alors lui-même de la dompter pendant qu’elle reprenait le spectacle de ses mains accompagnant sa voix. Il adorait la toucher.
Mais ce soir, elle avait du travail, alors il s’est installé en silence dans le fauteuil en face du canapé où elle avait étalé l’équivalent de la forêt de Fontainebleau en notes et coupures d’articles, deux ou trois bouquins et un paquet de bonbons Arlequin de Lutti. Elle avait calé son ordinateur portable sur ses genoux en tailleur et se tenait dos rond, penchée vers l’écran.
De là où il était, il ne distinguait pas le bas de son visage, juste ses yeux qui parcouraient un document numérique, droite, gauche, droite, gauche et le haut de son crâne où repoussaient les premiers cheveux depuis la fin du traitement. Il avait fini par s’habituer à sa tête nue malgré la peur qu’il avait éprouvée quand elle a commencé à perdre ses cheveux. Ils riaient maintenant tous les deux ce ce petit duvet qui poussait jour après jour. Il l’appelait “mon poussin” et ça les faisait mourir de rire. Après tout, le traitement avait fonctionné, le reste importait peu.
Elle a levé les yeux vers lui, elle a dû sentir qu’il regardait depuis tout à l’heure. Ils sont restés un moment ainsi. Sans une parole, sans bouger, ils aimaient se parler sans mots, se dire je t’aime avec les yeux. C’est elle qui a rompu cette douce conversation en lui demandant avec un grand sourire “tu me ferais un thé mon ange ?”. Comment pourrait-il refuser ? Il s’est levé lentement, s’est approché de la table basse pour y attraper la tasse vide du thé précédent, s’est penché doucement vers elle et a déposé un petit baiser sur le haut de son crâne et une caresse dans sa nuque.
Le bruit de la bouilloire a bientôt couvert celui de la mélodie qu’elle jouait sur le clavier de son ordinateur. Il a versé l’eau frémissante sur la boule bourrée de feuilles de thé noir et est reparti en direction du salon. Et c’est là qu’il a vu son petit bout de langue rose pincé entre ses dents. Le minuscule pétale entrait et sortait d’entre ses lèvres au gré de sa concentration. Comment avait-il pu louper un truc aussi fascinant pendant tous ces mois ? De n’importe quel autre adulte, il aurait trouvé ce tic complètement ridicule. Mais d’elle, c’était différent. Il trouvait ça adorable.
C’est le coussin qu’elle lui a envoyé à la figure qui l’a sorti de ses pensées “très très niaises” se dit-il.

Qu’est-ce qu’il pouvait aimer ça. Il n’avait pas remarqué cet adorable tic lors de leur première rencontre. Son attention avait été happée par les mouvements de ses mains. Elle mimait tout ce qu’elle racontait. Pourtant elle n’avait absolument pas d’origines italiennes. Elle décrivait des volutes et des arcs de cercles avec ses poignets graciles, resserrait ses doigts pour dessiner de pentes plus ou moins arides, faisait danser ses mains au rythme de ses histoires, comme si sa petite voix fluette ne suffisait pas. Il avait même noté que souvent, elle soufflait doucement en visant sa frange, puis emprisonnait une mèche entre son index et son majeur pour la repousser le long de son front et la bloquer derrière son oreille. Trop courte, la petite mèche revenait à sa place initiale, il s’occupait alors lui-même de la dompter pendant qu’elle reprenait le spectacle de ses mains accompagnant sa voix. Il adorait la toucher.

Mais ce soir, elle avait du travail, alors il s’est installé en silence dans le fauteuil en face du canapé où elle avait étalé l’équivalent de la forêt de Fontainebleau en notes et coupures d’articles, deux ou trois bouquins et un paquet de bonbons Arlequin de Lutti. Elle avait calé son ordinateur portable sur ses genoux en tailleur et se tenait dos rond, penchée vers l’écran.

De là où il était, il ne distinguait pas le bas de son visage, juste ses yeux qui parcouraient un document numérique, droite, gauche, droite, gauche et le haut de son crâne où repoussaient les premiers cheveux depuis la fin du traitement. Il avait fini par s’habituer à sa tête nue malgré la peur qu’il avait éprouvée quand elle a commencé à perdre ses cheveux. Ils riaient maintenant tous les deux ce ce petit duvet qui poussait jour après jour. Il l’appelait “mon poussin” et ça les faisait mourir de rire. Après tout, le traitement avait fonctionné, le reste importait peu.

Elle a levé les yeux vers lui, elle a dû sentir qu’il regardait depuis tout à l’heure. Ils sont restés un moment ainsi. Sans une parole, sans bouger, ils aimaient se parler sans mots, se dire je t’aime avec les yeux. C’est elle qui a rompu cette douce conversation en lui demandant avec un grand sourire “tu me ferais un thé mon ange ?”. Comment pourrait-il refuser ? Il s’est levé lentement, s’est approché de la table basse pour y attraper la tasse vide du thé précédent, s’est penché doucement vers elle et a déposé un petit baiser sur le haut de son crâne et une caresse dans sa nuque.

Le bruit de la bouilloire a bientôt couvert celui de la mélodie qu’elle jouait sur le clavier de son ordinateur. Il a versé l’eau frémissante sur la boule bourrée de feuilles de thé noir et est reparti en direction du salon. Et c’est là qu’il a vu son petit bout de langue rose pincé entre ses dents. Le minuscule pétale entrait et sortait d’entre ses lèvres au gré de sa concentration. Comment avait-il pu louper un truc aussi fascinant pendant tous ces mois ? De n’importe quel autre adulte, il aurait trouvé ce tic complètement ridicule. Mais d’elle, c’était différent. Il trouvait ça adorable.

C’est le coussin qu’elle lui a envoyé à la figure qui l’a sorti de ses pensées “très très niaises” se dit-il.

J’étais affalée dans le vieux fauteuil club dont le cuir trop fatigué griffait mes cuisses. C’est pour ça que je m’asseyais toujours mal dedans. J’avais, comme d’habitude, placé un coussin recouvert de taffetas de soie dans le creux formé par les fesses de mes aïeux dans l’assise, calé mon dos sur un des accoudoirs, emboîté le creux de mes genoux sur l’autre. La bibliothèque donnait sur le parc, j’avais entrouvert la baie vitrée et bien repoussé les rideaux lourds de poussière et de souvenirs avant de me vautrer avec un bouquin qui sentait le papier moisi. Je n’arrive pas à me souvenir ce que je lisais ce jour là. De toutes façons je passais les vacances à lire quand je venais à Pornic. Je détestais cette maison immense et froide sur la colline en haut du port, et les deux semaines obligatoires passées là-bas du 14 au 31 juillet “pour faire plaisir à ton grand-oncle”. Je suis sûre qu’il ne connaissait même pas ce mot, “plaisir”. D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais vu les dents de cet homme. Il les gardait jalousement derrières ses petites lèvres fines et bien serrées. Il était sec comme le cuir du fauteuil et ne parlait que pour communiquer le strict nécessaire, pas de fioritures, pas d’adjectifs. S’il avait appris “mais ou et donc or ni car” quand il était petit (si tant est qu’il ne soit pas né vieux) on peut affirmer qu’il n’a pas usé ces conjonctions de coordination ! Il était professeur de musique à la retraite mais continuait de donner des cours aux enfants du coin, pour le “plaisir” (de martyriser des enfants sûrement).
Ce jour là, il m’avait prévenue que le cours se déroulerait dans la bibliothèque puisque la salle de musique était en travaux. Je n’ai pas vraiment fait attention quand il est entré. Je ne sais pas s’il est passé par la grande porte à double battants ou celle du vestibule. J’ai perçu sa présence en entendant les serrures de métal claquer l’ouverture de l’étui. Je me suis replongée dans ma lecture après avoir jeté un regard sur la cime immobile des chênes dehors. Combien de mots, combien de lignes, de paragraphes ai-je lu avant que le son de la première corde ne vienne faire vibrer ma poitrine ?
J’ai ressenti l’instrument, senti dans ma chair les cordes douces de l’archet caresser la celle striée du violoncelle. Puis il a joué. Sa musique (celle de Schubert pour être exacte) a effleuré ma peau, s’est glissée par mes pores pour envahir mes cellules, pris d’assaut mon ventre. J’ai posé mon livre, je ne sais pas si je respirais encore, le parc est devenu flou et la première larme est venue s’écraser sur ma main.
Le vieux a brisé la magie en tapant deux fois dans ses mains pour signifier le début du cours. J’en ai profité pour m’extirper du vieux fauteuil, enjamber la barre de seuil qui menait vers la terrasse et fuir vers le parc. Je n’ai vu le visage de cet étudiant que deux jours plus tard. Puis les suivants. Je le regardais enlacer cette femme de bois et de cordes, trop jeune, beaucoup trop jeune pour saisir la subtilité érotique de la situation.
Puis plus rien, le 31 juillet, la fin des vacances à Pornic. Puis il y a 15 jours, sur une affiche du métro Strasbourg Saint Denis, son visage, son nom et son violoncelle au milieu de la programmation culturelle de la Ville de Paris et de ma vie.

J’étais affalée dans le vieux fauteuil club dont le cuir trop fatigué griffait mes cuisses. C’est pour ça que je m’asseyais toujours mal dedans. J’avais, comme d’habitude, placé un coussin recouvert de taffetas de soie dans le creux formé par les fesses de mes aïeux dans l’assise, calé mon dos sur un des accoudoirs, emboîté le creux de mes genoux sur l’autre. La bibliothèque donnait sur le parc, j’avais entrouvert la baie vitrée et bien repoussé les rideaux lourds de poussière et de souvenirs avant de me vautrer avec un bouquin qui sentait le papier moisi. Je n’arrive pas à me souvenir ce que je lisais ce jour là. De toutes façons je passais les vacances à lire quand je venais à Pornic. Je détestais cette maison immense et froide sur la colline en haut du port, et les deux semaines obligatoires passées là-bas du 14 au 31 juillet “pour faire plaisir à ton grand-oncle”. Je suis sûre qu’il ne connaissait même pas ce mot, “plaisir”. D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais vu les dents de cet homme. Il les gardait jalousement derrières ses petites lèvres fines et bien serrées. Il était sec comme le cuir du fauteuil et ne parlait que pour communiquer le strict nécessaire, pas de fioritures, pas d’adjectifs. S’il avait appris “mais ou et donc or ni car” quand il était petit (si tant est qu’il ne soit pas né vieux) on peut affirmer qu’il n’a pas usé ces conjonctions de coordination ! Il était professeur de musique à la retraite mais continuait de donner des cours aux enfants du coin, pour le “plaisir” (de martyriser des enfants sûrement).

Ce jour là, il m’avait prévenue que le cours se déroulerait dans la bibliothèque puisque la salle de musique était en travaux. Je n’ai pas vraiment fait attention quand il est entré. Je ne sais pas s’il est passé par la grande porte à double battants ou celle du vestibule. J’ai perçu sa présence en entendant les serrures de métal claquer l’ouverture de l’étui. Je me suis replongée dans ma lecture après avoir jeté un regard sur la cime immobile des chênes dehors. Combien de mots, combien de lignes, de paragraphes ai-je lu avant que le son de la première corde ne vienne faire vibrer ma poitrine ?

J’ai ressenti l’instrument, senti dans ma chair les cordes douces de l’archet caresser la celle striée du violoncelle. Puis il a joué. Sa musique (celle de Schubert pour être exacte) a effleuré ma peau, s’est glissée par mes pores pour envahir mes cellules, pris d’assaut mon ventre. J’ai posé mon livre, je ne sais pas si je respirais encore, le parc est devenu flou et la première larme est venue s’écraser sur ma main.

Le vieux a brisé la magie en tapant deux fois dans ses mains pour signifier le début du cours. J’en ai profité pour m’extirper du vieux fauteuil, enjamber la barre de seuil qui menait vers la terrasse et fuir vers le parc. Je n’ai vu le visage de cet étudiant que deux jours plus tard. Puis les suivants. Je le regardais enlacer cette femme de bois et de cordes, trop jeune, beaucoup trop jeune pour saisir la subtilité érotique de la situation.

Puis plus rien, le 31 juillet, la fin des vacances à Pornic. Puis il y a 15 jours, sur une affiche du métro Strasbourg Saint Denis, son visage, son nom et son violoncelle au milieu de la programmation culturelle de la Ville de Paris et de ma vie.

Il était une fois mon écran tactile. Il affiche nos émotions sous forme d’icônes et devient le panneau lumineux sur lequel s’étalent les mots qu’on ne se dira probablement jamais. C’est une jolie histoire de notifications et de bisous en push. Il était une fois toi, la 3G et moi.

Il était une fois mon écran tactile. Il affiche nos émotions sous forme d’icônes et devient le panneau lumineux sur lequel s’étalent les mots qu’on ne se dira probablement jamais. C’est une jolie histoire de notifications et de bisous en push. Il était une fois toi, la 3G et moi.

Je te propose de m’épouser dans un préfabriqué posé au milieu d’un champs. Tu laisseras ta chemise par dessus ton jean et on fera un mariage catho-like avec un prêtre déguisé en Darth Vador. Je porterai une robe Mexx à fleurs, sans chaussures et avec un énorme chapeau. Pas de temoin, comme un accident de voiture en pleine nuit sur une nationale. Apres tout on a rien à prouver à personne. Une fois l’affaire conclue, on ira manger un plateau de fruits de mer avec les doigts. C’est ok ?

Je te propose de m’épouser dans un préfabriqué posé au milieu d’un champs. Tu laisseras ta chemise par dessus ton jean et on fera un mariage catho-like avec un prêtre déguisé en Darth Vador. Je porterai une robe Mexx à fleurs, sans chaussures et avec un énorme chapeau. Pas de temoin, comme un accident de voiture en pleine nuit sur une nationale. Apres tout on a rien à prouver à personne. Une fois l’affaire conclue, on ira manger un plateau de fruits de mer avec les doigts. C’est ok ?

La peur froide et sourde la prenait une fois de plus à la gorge. Lente, puissante, l’angoisse refermait ses mains sur la base de son cou, elle pouvait sentir la pulpe de ses doigts presser sa peau si fine à cet endroit. Sa respiration devenait difficile, son rythme cardiaque s’accélérait, elle avait chaud et pourtant la chair de poule envahissait son corps. Et les battements de son cœur qui frappaient sa boîte crânienne, et la nausée. La frayeur collait ses mèches auburn à ses tempes. Tout son corps puait la trouille. Cette peur n’était pas celle que l’on éprouve devant la surprise ou avant un examen. Pas celle subite d’un accident non plus. Non cette peur là arrivait doucement par les artères, les veines. Elle se mêlait d’abord au sang, fluide, diluée. Petit à petit, elle s’épaississait, et collait aux parois des capillaires. Remontait le courant. Le sentiment visqueux cheminait tranquillement jusqu’à envahir tout le système sanguin, irriguant les organes un par un. Si elle s’était coupée à ce moment là, la peur aurait formé une tâche épaisse sur son derme à la place du sang. En voulant l’essuyer, elle n’aurait fait qu’allonger d’épais filets nauséabonds entre elle et la compresse. L’oreiller vide elle en avait l’habitude. Elle l’avait même choisi. Mais cette nuit, la place vide avait pris la forme d’un trou béant, de la bouche des enfers. Pour la sortir de sa torpeur, elle aurait voulu la chaleur de sa peau, son odeur rassurante. Elle aurait enfoui son nez dans le cou tendre et parfumé de l’absent, posé une main sur son sexe au repos jusqu’à le sentir se dresser. Elle lui aurait demandé de lui faire l’amour tendrement, les yeux et le sexe mouillés.

La peur froide et sourde la prenait une fois de plus à la gorge. Lente, puissante, l’angoisse refermait ses mains sur la base de son cou, elle pouvait sentir la pulpe de ses doigts presser sa peau si fine à cet endroit. Sa respiration devenait difficile, son rythme cardiaque s’accélérait, elle avait chaud et pourtant la chair de poule envahissait son corps. Et les battements de son cœur qui frappaient sa boîte crânienne, et la nausée. La frayeur collait ses mèches auburn à ses tempes. Tout son corps puait la trouille. Cette peur n’était pas celle que l’on éprouve devant la surprise ou avant un examen. Pas celle subite d’un accident non plus. Non cette peur là arrivait doucement par les artères, les veines. Elle se mêlait d’abord au sang, fluide, diluée. Petit à petit, elle s’épaississait, et collait aux parois des capillaires. Remontait le courant. Le sentiment visqueux cheminait tranquillement jusqu’à envahir tout le système sanguin, irriguant les organes un par un. Si elle s’était coupée à ce moment là, la peur aurait formé une tâche épaisse sur son derme à la place du sang. En voulant l’essuyer, elle n’aurait fait qu’allonger d’épais filets nauséabonds entre elle et la compresse. L’oreiller vide elle en avait l’habitude. Elle l’avait même choisi. Mais cette nuit, la place vide avait pris la forme d’un trou béant, de la bouche des enfers. Pour la sortir de sa torpeur, elle aurait voulu la chaleur de sa peau, son odeur rassurante. Elle aurait enfoui son nez dans le cou tendre et parfumé de l’absent, posé une main sur son sexe au repos jusqu’à le sentir se dresser. Elle lui aurait demandé de lui faire l’amour tendrement, les yeux et le sexe mouillés.

Comme la fleur de pissenlit, qui, soumise aux bourrasques résiste, résiste, retient ses akènes en espérant très fort pouvoir les arborer encore, car sans elles, elle n’est plus si jolie.

Comme la fleur de pissenlit, qui, soumise aux bourrasques résiste, résiste, retient ses akènes en espérant très fort pouvoir les arborer encore, car sans elles, elle n’est plus si jolie.

Ce jour là encore, c’est la pâleur du matin qui m’a réveillée avant la sonnerie du réveil. Cette lumière froide qui donne un ton malade aux meubles, tu connais ? C’est ma faute, ma manie de dormir les rideaux ouverts. Je sens bien que ça te gêne mais tu tolères…
J’ai regardé le plafond qui ressemble à du coton et j’ai imaginé que je suis aveugle. C’est bon de mettre un sens en sommeil parfois. Ça permet aux autres de s’exprimer. J’ai entendu ton corps vivre, ta respiration qui répondait au bruit des draps quand tu as juste émis un petit mouvement du bassin. Tu devais être en train de te réveiller aussi.
J’ai entendu le manège des premières voitures dans la rue, deviné celle-ci, qui a ralenti devant le feu sous la fenêtre et qui a du tourner à droite, dans la rue du Faubourg Saint Martin. Je me suis efforcée de ne pas bouger. La main sur le drap. Je me suis concentrée tellement fort que j’ai commencé à percevoir la trame du coton, les fils bien rangés en un quadrillage parfait. Bon c’était sûrement mon imagination. Millimètre après millimètre, j’ai parcouru la distance jusqu’à ton dos. Du bout du doigt, j’ai grimpé la montagne de ta peau, gravis le mont de ta hanche et enfin atteint la vallée du bas de ton ventre. J’ai posé ma main à plat, pour toucher ta respiration. C’est ce qu’il m’a semblé. Le mouvement lent de ton abdomen en parfaite harmonie avec le chant de ton sommeil à mon oreille.
Mes yeux aveugles toujours rivés sur le plafond ouaté, j’ai respiré à ton diapason. Inspirer longuement, pause, souffler très lentement. Plusieurs fois. Jusqu’à ce que le matin pâle se transforme en rideau opaque. Mes paupières sont trop lourdes. Alors j’ai porté toute mon attention sur les odeurs. Sur l’odeur. Celle de la chambre d’hôtel : un mélange de savon aux fruits rouges, la menthe du dentifrice, les produits ménagers, au pin je pense. Mais j’ai du mal a tout distinguer. Ton odeur, un mélange de ton parfum, un peu sucré, à peine ambré, de l’odeur de la lessive avec laquelle tu laves tes chemises et de celle de ta peau, indescriptible, que je reconnaitrais entre mille. L’odeur de l’huile que j’ai passé sur mon corps avant de me coucher, celle de la crème que j’ai appliquée sur mon visage la veille après m’être démaquillée. Et la nôtre. Celle que les mots saliraient, trahiraient.
Quand j’ai rouvert les yeux, tu étais penché sur moi, habillé, prêt à partir. Ce jour là je n’ai pas entendu le réveil.

Ce jour là encore, c’est la pâleur du matin qui m’a réveillée avant la sonnerie du réveil. Cette lumière froide qui donne un ton malade aux meubles, tu connais ? C’est ma faute, ma manie de dormir les rideaux ouverts. Je sens bien que ça te gêne mais tu tolères…

J’ai regardé le plafond qui ressemble à du coton et j’ai imaginé que je suis aveugle. C’est bon de mettre un sens en sommeil parfois. Ça permet aux autres de s’exprimer. J’ai entendu ton corps vivre, ta respiration qui répondait au bruit des draps quand tu as juste émis un petit mouvement du bassin. Tu devais être en train de te réveiller aussi.

J’ai entendu le manège des premières voitures dans la rue, deviné celle-ci, qui a ralenti devant le feu sous la fenêtre et qui a du tourner à droite, dans la rue du Faubourg Saint Martin. Je me suis efforcée de ne pas bouger. La main sur le drap. Je me suis concentrée tellement fort que j’ai commencé à percevoir la trame du coton, les fils bien rangés en un quadrillage parfait. Bon c’était sûrement mon imagination. Millimètre après millimètre, j’ai parcouru la distance jusqu’à ton dos. Du bout du doigt, j’ai grimpé la montagne de ta peau, gravis le mont de ta hanche et enfin atteint la vallée du bas de ton ventre. J’ai posé ma main à plat, pour toucher ta respiration. C’est ce qu’il m’a semblé. Le mouvement lent de ton abdomen en parfaite harmonie avec le chant de ton sommeil à mon oreille.

Mes yeux aveugles toujours rivés sur le plafond ouaté, j’ai respiré à ton diapason. Inspirer longuement, pause, souffler très lentement. Plusieurs fois. Jusqu’à ce que le matin pâle se transforme en rideau opaque. Mes paupières sont trop lourdes. Alors j’ai porté toute mon attention sur les odeurs. Sur l’odeur. Celle de la chambre d’hôtel : un mélange de savon aux fruits rouges, la menthe du dentifrice, les produits ménagers, au pin je pense. Mais j’ai du mal a tout distinguer. Ton odeur, un mélange de ton parfum, un peu sucré, à peine ambré, de l’odeur de la lessive avec laquelle tu laves tes chemises et de celle de ta peau, indescriptible, que je reconnaitrais entre mille. L’odeur de l’huile que j’ai passé sur mon corps avant de me coucher, celle de la crème que j’ai appliquée sur mon visage la veille après m’être démaquillée. Et la nôtre. Celle que les mots saliraient, trahiraient.

Quand j’ai rouvert les yeux, tu étais penché sur moi, habillé, prêt à partir. Ce jour là je n’ai pas entendu le réveil.