Les ombres claires

Je te propose de m’épouser dans un préfabriqué posé au milieu d’un champs. 

Tu laisseras ta chemise par dessus ton jean et on fera un mariage catho-like avec un prêtre déguisé en Darth Vador. Je porterai une robe Mexx à fleurs, sans chaussures et avec un énorme chapeau. 

Pas de temoin, comme un accident de voiture en pleine nuit sur une nationale. Apres tout on a rien à prouver à personne. 

Une fois l’affaire conclue, on ira manger un plateau de fruits de mer avec les doigts. 

C’est ok ?

Je te propose de m’épouser dans un préfabriqué posé au milieu d’un champs.

Tu laisseras ta chemise par dessus ton jean et on fera un mariage catho-like avec un prêtre déguisé en Darth Vador. Je porterai une robe Mexx à fleurs, sans chaussures et avec un énorme chapeau.

Pas de temoin, comme un accident de voiture en pleine nuit sur une nationale. Apres tout on a rien à prouver à personne.

Une fois l’affaire conclue, on ira manger un plateau de fruits de mer avec les doigts.

C’est ok ?

La peur froide et sourde la prenait une fois de plus à la gorge. Lente, puissante, l’angoisse refermait ses mains sur la base de son cou, elle pouvait sentir la pulpe de ses doigts presser sa peau si fine à cet endroit.
Sa respiration devenait difficile, son rythme cardiaque s’accélérait, elle avait chaud et pourtant la chair de poule envahissait son corps. Et les battements de son cœur qui frappaient sa boîte crânienne, et la nausée. La frayeur collait ses mèches auburn à ses tempes. Tout son corps puait la trouille. 

Cette peur n’était pas celle que l’on éprouve devant la surprise ou avant un examen. Pas celle subite d’un accident non plus. 
Non cette peur là arrivait doucement par les artères, les veines. Elle se mêlait d’abord au sang, fluide, diluée. Petit à petit, elle s’épaississait, et collait aux parois des capillaires. Remontait le courant. 
Le sentiment visqueux cheminait tranquillement jusqu’à envahir tout le système sanguin, irriguant les organes un par un. Si elle s’était coupée à ce moment là, la peur aurait formé une tâche épaisse sur son derme à la place du sang. En voulant l’essuyer, elle n’aurait fait qu’allonger d’épais filets nauséabonds entre elle et la compresse. 

L’oreiller vide elle en avait l’habitude. Elle l’avait même choisi. Mais cette nuit, la place vide avait pris la forme d’un trou béant, de la bouche des enfers. 
Pour la sortir de sa torpeur, elle aurait voulu la chaleur de sa peau, son odeur rassurante. Elle aurait enfoui son nez dans le cou tendre et parfumé de l’absent, posé une main sur son sexe au repos jusqu’à le sentir se dresser. Elle lui aurait demandé de lui faire l’amour tendrement, les yeux et le sexe mouillés.

La peur froide et sourde la prenait une fois de plus à la gorge. Lente, puissante, l’angoisse refermait ses mains sur la base de son cou, elle pouvait sentir la pulpe de ses doigts presser sa peau si fine à cet endroit.
Sa respiration devenait difficile, son rythme cardiaque s’accélérait, elle avait chaud et pourtant la chair de poule envahissait son corps. Et les battements de son cœur qui frappaient sa boîte crânienne, et la nausée. La frayeur collait ses mèches auburn à ses tempes. Tout son corps puait la trouille.

Cette peur n’était pas celle que l’on éprouve devant la surprise ou avant un examen. Pas celle subite d’un accident non plus.
Non cette peur là arrivait doucement par les artères, les veines. Elle se mêlait d’abord au sang, fluide, diluée. Petit à petit, elle s’épaississait, et collait aux parois des capillaires. Remontait le courant.
Le sentiment visqueux cheminait tranquillement jusqu’à envahir tout le système sanguin, irriguant les organes un par un. Si elle s’était coupée à ce moment là, la peur aurait formé une tâche épaisse sur son derme à la place du sang. En voulant l’essuyer, elle n’aurait fait qu’allonger d’épais filets nauséabonds entre elle et la compresse.

L’oreiller vide elle en avait l’habitude. Elle l’avait même choisi. Mais cette nuit, la place vide avait pris la forme d’un trou béant, de la bouche des enfers.
Pour la sortir de sa torpeur, elle aurait voulu la chaleur de sa peau, son odeur rassurante. Elle aurait enfoui son nez dans le cou tendre et parfumé de l’absent, posé une main sur son sexe au repos jusqu’à le sentir se dresser. Elle lui aurait demandé de lui faire l’amour tendrement, les yeux et le sexe mouillés.

Comme la fleur de pissenlit, qui, soumise aux bourrasques résiste, résiste, retient ses akènes en espérant très fort pouvoir les arborer encore, car sans elles, elle n’est plus si jolie.

Comme la fleur de pissenlit, qui, soumise aux bourrasques résiste, résiste, retient ses akènes en espérant très fort pouvoir les arborer encore, car sans elles, elle n’est plus si jolie.

Ce jour là encore, c’est la pâleur du matin qui m’a réveillée avant la sonnerie du réveil. Cette lumière froide qui donne un ton malade aux meubles, tu connais ? C’est ma faute, ma manie de dormir les rideaux ouverts. Je sens bien que ça te gêne mais tu tolères…

J’ai regardé le plafond qui ressemble à du coton et j’ai imaginé que je suis aveugle. C’est bon de mettre un sens en sommeil parfois. Ça permet aux autres de s’exprimer. 

J’ai entendu ton corps vivre, ta respiration qui répondait au bruit des draps quand tu as juste émis un petit mouvement du bassin. Tu devais être en train de te réveiller aussi. J’ai entendu le manège des premières voitures dans la rue, deviné celle-ci, qui a ralenti devant le feu sous la fenêtre et qui a du tourner à droite, dans la rue du Faubourg Saint Martin. 

Je me suis efforcée de ne pas bouger. La main sur le drap. Je me suis concentrée tellement fort que j’ai commencé à percevoir la trame du coton, les fils bien rangés en un quadrillage parfait. Bon c’était sûrement mon imagination. Millimètre après millimètre, j’ai parcouru la distance jusqu’à ton dos. Du bout du doigt, j’ai grimpé la montagne de ta peau, gravis le mont de ta hanche et enfin atteint la vallée du bas de ton ventre. J’ai posé ma main à plat, pour toucher ta respiration. C’est ce qu’il m’a semblé. Le mouvement lent de ton abdomen en parfaite harmonie avec le chant de ton sommeil à mon oreille. 

Mes yeux aveugles toujours rivés sur le plafond ouaté, j’ai respiré à ton diapason. Inspirer longuement, pause, souffler très lentement. Plusieurs fois. Jusqu’à ce que le matin pâle se transforme en rideau opaque. Mes paupières sont trop lourdes. 

Alors j’ai porté toute mon attention sur les odeurs. Sur l’odeur. Celle de la chambre d’hôtel : un mélange de savon aux fruits rouges, la menthe du dentifrice, les produits ménagers, au pin je pense. Mais j’ai du mal a tout distinguer.
Ton odeur, un mélange de ton parfum, un peu sucré, à peine ambré, de l’odeur de la lessive avec laquelle tu laves tes chemises et de celle de ta peau, indescriptible, que je reconnaitrais entre mille. L’odeur de l’huile que j’ai passé sur mon corps avant de me coucher, celle de la crème que j’ai appliquée sur mon visage la veille après m’être démaquillée. Et la nôtre. Celle que les mots saliraient, trahiraient. 

Quand j’ai rouvert les yeux, tu étais penché sur moi, habillé, prêt à partir. Ce jour là je n’ai pas entendu le réveil.

Ce jour là encore, c’est la pâleur du matin qui m’a réveillée avant la sonnerie du réveil. Cette lumière froide qui donne un ton malade aux meubles, tu connais ? C’est ma faute, ma manie de dormir les rideaux ouverts. Je sens bien que ça te gêne mais tu tolères…

J’ai regardé le plafond qui ressemble à du coton et j’ai imaginé que je suis aveugle. C’est bon de mettre un sens en sommeil parfois. Ça permet aux autres de s’exprimer.

J’ai entendu ton corps vivre, ta respiration qui répondait au bruit des draps quand tu as juste émis un petit mouvement du bassin. Tu devais être en train de te réveiller aussi. J’ai entendu le manège des premières voitures dans la rue, deviné celle-ci, qui a ralenti devant le feu sous la fenêtre et qui a du tourner à droite, dans la rue du Faubourg Saint Martin.

Je me suis efforcée de ne pas bouger. La main sur le drap. Je me suis concentrée tellement fort que j’ai commencé à percevoir la trame du coton, les fils bien rangés en un quadrillage parfait. Bon c’était sûrement mon imagination. Millimètre après millimètre, j’ai parcouru la distance jusqu’à ton dos. Du bout du doigt, j’ai grimpé la montagne de ta peau, gravis le mont de ta hanche et enfin atteint la vallée du bas de ton ventre. J’ai posé ma main à plat, pour toucher ta respiration. C’est ce qu’il m’a semblé. Le mouvement lent de ton abdomen en parfaite harmonie avec le chant de ton sommeil à mon oreille.

Mes yeux aveugles toujours rivés sur le plafond ouaté, j’ai respiré à ton diapason. Inspirer longuement, pause, souffler très lentement. Plusieurs fois. Jusqu’à ce que le matin pâle se transforme en rideau opaque. Mes paupières sont trop lourdes.

Alors j’ai porté toute mon attention sur les odeurs. Sur l’odeur. Celle de la chambre d’hôtel : un mélange de savon aux fruits rouges, la menthe du dentifrice, les produits ménagers, au pin je pense. Mais j’ai du mal a tout distinguer.
Ton odeur, un mélange de ton parfum, un peu sucré, à peine ambré, de l’odeur de la lessive avec laquelle tu laves tes chemises et de celle de ta peau, indescriptible, que je reconnaitrais entre mille. L’odeur de l’huile que j’ai passé sur mon corps avant de me coucher, celle de la crème que j’ai appliquée sur mon visage la veille après m’être démaquillée. Et la nôtre. Celle que les mots saliraient, trahiraient.

Quand j’ai rouvert les yeux, tu étais penché sur moi, habillé, prêt à partir. Ce jour là je n’ai pas entendu le réveil.

Jusqu’ici je n’y avais pas vraiment pensé. J’attrapais la vie à pleines mains, les moments par poignées. 
Quand on parle d’espérance de vie, on situe celle des femmes à … quoi ? 80 ? 85 ans ? Je ne sais pas exactement, ça ne m’a jamais vraiment intéressée. 
J’avais oublié un élément déterminant : je ne fais pas forcément partie de la moyenne. 

Un événement récent m’en a fait prendre conscience. Je crois que je viens de devenir (tardivement) adulte. Je viens de percevoir que ce que j’ai bien encaissé il y a quelques années me semble aujourd’hui beaucoup moins facilement envisageable. Ce n’est pas vraiment une question d’âge. C’est une question de résistance et de volonté dont l’esprit pourrait être “Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait” (mais si, tu sais : ce bon vieux Twain). Je me rends compte que parfois c’est impossible. Et je pleure d’avoir perdu cette innocence, cette énergie. 

J’ai pris en pleine figure que la vie que je pensais pouvoir modeler comme une boule d’argile, malaxer entre mes doigts il y a quelques temps n’est en fait constituée que de  grains de sable, plus ou moins solidaires. 

Je pensais, même si je n’en n’ai plus l’âge, que mourir était une maladie de vieux. 
Je ne suis pas mourante. Loin de là. Je prends juste la mesure du caractère éphémère des jours, des nuits. Je sens les grains de sable filer entre mes doigts et je sais maintenant que je ne peux rien y faire. Et j’en pleure.

Jusqu’ici je n’y avais pas vraiment pensé. J’attrapais la vie à pleines mains, les moments par poignées.
Quand on parle d’espérance de vie, on situe celle des femmes à … quoi ? 80 ? 85 ans ? Je ne sais pas exactement, ça ne m’a jamais vraiment intéressée.
J’avais oublié un élément déterminant : je ne fais pas forcément partie de la moyenne.

Un événement récent m’en a fait prendre conscience. Je crois que je viens de devenir (tardivement) adulte. Je viens de percevoir que ce que j’ai bien encaissé il y a quelques années me semble aujourd’hui beaucoup moins facilement envisageable. Ce n’est pas vraiment une question d’âge. C’est une question de résistance et de volonté dont l’esprit pourrait être “Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait” (mais si, tu sais : ce bon vieux Twain). Je me rends compte que parfois c’est impossible. Et je pleure d’avoir perdu cette innocence, cette énergie.

J’ai pris en pleine figure que la vie que je pensais pouvoir modeler comme une boule d’argile, malaxer entre mes doigts il y a quelques temps n’est en fait constituée que de grains de sable, plus ou moins solidaires.

Je pensais, même si je n’en n’ai plus l’âge, que mourir était une maladie de vieux.
Je ne suis pas mourante. Loin de là. Je prends juste la mesure du caractère éphémère des jours, des nuits. Je sens les grains de sable filer entre mes doigts et je sais maintenant que je ne peux rien y faire. Et j’en pleure.

C’est de là que je regarde le monde. De là que coulent mes doutes et mes peines. Par ici que passent les jolies émotions. 
C’est mon œil, celui qui voudrait que tu sois là demain matin à mon réveil, avant le premier rai du soleil qui fendra le bleu sombre de la nuit.

C’est de là que je regarde le monde. De là que coulent mes doutes et mes peines. Par ici que passent les jolies émotions.
C’est mon œil, celui qui voudrait que tu sois là demain matin à mon réveil, avant le premier rai du soleil qui fendra le bleu sombre de la nuit.

On choisirait le vélo le plus pourri, parce que ça fait bobo parisien. Et aussi parce que c’est le seul sans antivol. 
Il serait vert délavé, usé jusqu’aux caoutchoucs du guidon. On le choisirait ensemble sans dire un mot, en se regardant comme deux gamins avec la malice au fond des yeux. 
Un moment d’hésitation, on prend le bus et on continue nos vies ou on prend le vélo et on se tire ? 

VÉLO !

Alors tu attraperais le guidon, enfourcherais l’engin en le stabilisant pendant que je grimpe sur le porte-bagages bringuebalant. Et on se marrerait comme des foufous en zigzaguant jusqu’au coin de la rue en brulant un feu rouge. Je m’accrocherais à tes épaules en me servant de mes jambes comme de balanciers et toi tu pédalerais courbé sur le cadre rouillé, les genoux dans le menton. 
Et nos rires couvriraient les klaxons des voitures surprises par notre équipée sauvage. Ce serait dangereux mais rigolo. 

Et au carrefour, hop ! À gauche. On fermerait les yeux pour contrer le vent provoqué par la vitesse qu’on prendrait dans la rue en pente. Au moment de les rouvrir, on serait sur un chemin de terre, en plein soleil. 

“BYE BYE PARIS !” On crierait “SALUT LES COINCÉS !” 

Alors je m’accrocherais plus fort à toi, en passant mes bras sous les tiens, mes mains sur ton torse. Je plaquerais ma joue entre tes omoplates et je te laisserais m’emporter loin. Loin. 

Et toi tu pédalerais fièrement, le nez offert au vent chaud. Notre vélo vert délavé dessinerait sur le chemin de terre une ligne parfaite entre deux champs de colza en fleur, jaune soleil. 

Je te dirais je t’aime, tu arrêterais le vélo et on ferait l’amour sous un chêne. 

Mais là tout de suite on peut pas. Le bus vient de partir.

On choisirait le vélo le plus pourri, parce que ça fait bobo parisien. Et aussi parce que c’est le seul sans antivol.
Il serait vert délavé, usé jusqu’aux caoutchoucs du guidon. On le choisirait ensemble sans dire un mot, en se regardant comme deux gamins avec la malice au fond des yeux.
Un moment d’hésitation, on prend le bus et on continue nos vies ou on prend le vélo et on se tire ?

VÉLO !

Alors tu attraperais le guidon, enfourcherais l’engin en le stabilisant pendant que je grimpe sur le porte-bagages bringuebalant. Et on se marrerait comme des foufous en zigzaguant jusqu’au coin de la rue en brulant un feu rouge. Je m’accrocherais à tes épaules en me servant de mes jambes comme de balanciers et toi tu pédalerais courbé sur le cadre rouillé, les genoux dans le menton.
Et nos rires couvriraient les klaxons des voitures surprises par notre équipée sauvage. Ce serait dangereux mais rigolo.

Et au carrefour, hop ! À gauche. On fermerait les yeux pour contrer le vent provoqué par la vitesse qu’on prendrait dans la rue en pente. Au moment de les rouvrir, on serait sur un chemin de terre, en plein soleil.

“BYE BYE PARIS !” On crierait “SALUT LES COINCÉS !”

Alors je m’accrocherais plus fort à toi, en passant mes bras sous les tiens, mes mains sur ton torse. Je plaquerais ma joue entre tes omoplates et je te laisserais m’emporter loin. Loin.

Et toi tu pédalerais fièrement, le nez offert au vent chaud. Notre vélo vert délavé dessinerait sur le chemin de terre une ligne parfaite entre deux champs de colza en fleur, jaune soleil.

Je te dirais je t’aime, tu arrêterais le vélo et on ferait l’amour sous un chêne.

Mais là tout de suite on peut pas. Le bus vient de partir.

L’imperceptible, le tout petit bruit tout au fond de moi, celui que je suis la seule à entendre. 

Il monte, brûle et irradie. Il couvre tous les autres mais en silence. Il n’est peut-être qu’un leurre, que le fruit d’autres bruits que je renie. 
Mais il est là. Il grossit comme un ru de sang frais qui sortirait de la plaie. Un filet assez puissant pour ne pas être contenu par un linge pressé sur la blessure mais assez fin pour ne pas éclabousser. Lentement il devient flaque, prend toute la place. 
Il ne s’arrête pas, il file, il coule mais ne devient pas torrent.

La toute petite alarme ne coagule pas, elle est fluide et décidée, elle glisse, se faufile. Elle me saisit en douceur, me torture sans utiliser la violence. 

Je la voudrais bruyante, physique, mais elle ne me fait pas ce plaisir, reste impalpable, invisible et inodore. Alors j’attends qu’elle se découvre, qu’elle se montre, ou qu’elle meurt comme elle est arrivée : sournoisement.

L’imperceptible, le tout petit bruit tout au fond de moi, celui que je suis la seule à entendre.

Il monte, brûle et irradie. Il couvre tous les autres mais en silence. Il n’est peut-être qu’un leurre, que le fruit d’autres bruits que je renie.
Mais il est là. Il grossit comme un ru de sang frais qui sortirait de la plaie. Un filet assez puissant pour ne pas être contenu par un linge pressé sur la blessure mais assez fin pour ne pas éclabousser. Lentement il devient flaque, prend toute la place.
Il ne s’arrête pas, il file, il coule mais ne devient pas torrent.

La toute petite alarme ne coagule pas, elle est fluide et décidée, elle glisse, se faufile. Elle me saisit en douceur, me torture sans utiliser la violence.

Je la voudrais bruyante, physique, mais elle ne me fait pas ce plaisir, reste impalpable, invisible et inodore. Alors j’attends qu’elle se découvre, qu’elle se montre, ou qu’elle meurt comme elle est arrivée : sournoisement.

J’ai regardé ça et j’ai pensé à un couple de danseurs, elle qui virevolte dans sa robe jaune, lui fort et fier dans son costume clair. 
“Dansez, dansez sous le ciel bleu, l’un contre l’autre”. 
Puis je me suis rendue compte que j’étais vraiment trop barge. 
Alors je suis rentrée et je me suis fait un thé.

J’ai regardé ça et j’ai pensé à un couple de danseurs, elle qui virevolte dans sa robe jaune, lui fort et fier dans son costume clair.
“Dansez, dansez sous le ciel bleu, l’un contre l’autre”.
Puis je me suis rendue compte que j’étais vraiment trop barge.
Alors je suis rentrée et je me suis fait un thé.

Je ne connais rien aux lignes de la main, je trouve même que c’est débile de croire que des rides peuvent parler d’avenir, quand j’en vois sur mon visage je pense plutôt au passé en fait. L’ésotérisme, les dieux (païens ou pas), l’au-delà et les signes du “ciel” ne me parlent pas plus (sauf la pluie mais j’en ai déjà parlé). 

Ce matin j’ai regardé ma main. J’ai regardé les lignes qui parcourent ma paume et j’ai eu envie de leur donner vie. 

Laquelle est celle de la vie ? La plus longue ou la plus courte ? Laquelle est celle de l’amour ? 

J’ai inventé. Donné des noms à tous les carrefours que je voyais, baptisé les entrelacs, qualifié les nœuds formés par mes lignes. 

Si tu refermes un peu ta main, tu fais disparaître des lignes, tu effaces des nœuds. 

Est-ce que ces sillons sont plutôt des gens ou des événements ? 


J’ai remarqué leur façon de s’éteindre : les lignes deviennent de plus en plus fines. Elles fondent et se diluent, formant parfois des fourches. 

J’aime ne pas savoir et imaginer qu’elles sont les gens, les rencontres de ma vie. J’aime me dire que je peux les enfermer et les garder au creux de moi en repliant ma main. 

Voila, j’ai décidé que ces lignes seraient mes rencontres. Les gens de ma main, les gens de ma vie que j’emporte partout avec moi, qui me suivront jusqu’au bout. 

… et ça me permet d’imaginer que j’existe dans la main de quelqu’un. Je vais perdurer au creux d’une paume. Je sais, ça n’a pas de sens. Mais cette pensée me va très bien pour un samedi matin.

Je ne connais rien aux lignes de la main, je trouve même que c’est débile de croire que des rides peuvent parler d’avenir, quand j’en vois sur mon visage je pense plutôt au passé en fait. L’ésotérisme, les dieux (païens ou pas), l’au-delà et les signes du “ciel” ne me parlent pas plus (sauf la pluie mais j’en ai déjà parlé).

Ce matin j’ai regardé ma main. J’ai regardé les lignes qui parcourent ma paume et j’ai eu envie de leur donner vie.

Laquelle est celle de la vie ? La plus longue ou la plus courte ? Laquelle est celle de l’amour ?

J’ai inventé. Donné des noms à tous les carrefours que je voyais, baptisé les entrelacs, qualifié les nœuds formés par mes lignes.

Si tu refermes un peu ta main, tu fais disparaître des lignes, tu effaces des nœuds.

Est-ce que ces sillons sont plutôt des gens ou des événements ?


J’ai remarqué leur façon de s’éteindre : les lignes deviennent de plus en plus fines. Elles fondent et se diluent, formant parfois des fourches.

J’aime ne pas savoir et imaginer qu’elles sont les gens, les rencontres de ma vie. J’aime me dire que je peux les enfermer et les garder au creux de moi en repliant ma main.

Voila, j’ai décidé que ces lignes seraient mes rencontres. Les gens de ma main, les gens de ma vie que j’emporte partout avec moi, qui me suivront jusqu’au bout.

… et ça me permet d’imaginer que j’existe dans la main de quelqu’un. Je vais perdurer au creux d’une paume. Je sais, ça n’a pas de sens. Mais cette pensée me va très bien pour un samedi matin.