Ce jour là encore, c’est la pâleur du matin qui m’a réveillée avant la sonnerie du réveil. Cette lumière froide qui donne un ton malade aux meubles, tu connais ? C’est ma faute, ma manie de dormir les rideaux ouverts. Je sens bien que ça te gêne mais tu tolères…
J’ai regardé le plafond qui ressemble à du coton et j’ai imaginé que je suis aveugle. C’est bon de mettre un sens en sommeil parfois. Ça permet aux autres de s’exprimer.
J’ai entendu ton corps vivre, ta respiration qui répondait au bruit des draps quand tu as juste émis un petit mouvement du bassin. Tu devais être en train de te réveiller aussi. J’ai entendu le manège des premières voitures dans la rue, deviné celle-ci, qui a ralenti devant le feu sous la fenêtre et qui a du tourner à droite, dans la rue du Faubourg Saint Martin.
Je me suis efforcée de ne pas bouger. La main sur le drap. Je me suis concentrée tellement fort que j’ai commencé à percevoir la trame du coton, les fils bien rangés en un quadrillage parfait. Bon c’était sûrement mon imagination. Millimètre après millimètre, j’ai parcouru la distance jusqu’à ton dos. Du bout du doigt, j’ai grimpé la montagne de ta peau, gravis le mont de ta hanche et enfin atteint la vallée du bas de ton ventre. J’ai posé ma main à plat, pour toucher ta respiration. C’est ce qu’il m’a semblé. Le mouvement lent de ton abdomen en parfaite harmonie avec le chant de ton sommeil à mon oreille.
Mes yeux aveugles toujours rivés sur le plafond ouaté, j’ai respiré à ton diapason. Inspirer longuement, pause, souffler très lentement. Plusieurs fois. Jusqu’à ce que le matin pâle se transforme en rideau opaque. Mes paupières sont trop lourdes.
Alors j’ai porté toute mon attention sur les odeurs. Sur l’odeur. Celle de la chambre d’hôtel : un mélange de savon aux fruits rouges, la menthe du dentifrice, les produits ménagers, au pin je pense. Mais j’ai du mal a tout distinguer.
Ton odeur, un mélange de ton parfum, un peu sucré, à peine ambré, de l’odeur de la lessive avec laquelle tu laves tes chemises et de celle de ta peau, indescriptible, que je reconnaitrais entre mille. L’odeur de l’huile que j’ai passé sur mon corps avant de me coucher, celle de la crème que j’ai appliquée sur mon visage la veille après m’être démaquillée. Et la nôtre. Celle que les mots saliraient, trahiraient.
Quand j’ai rouvert les yeux, tu étais penché sur moi, habillé, prêt à partir. Ce jour là je n’ai pas entendu le réveil.